Interview d'élus, Politizr

« Enfin Madame Marchandise, le Français n’est pas prêt à la transparence à la suédoise » (Entretien avec Charlotte Marchandise)

Nous avons rencontré la candidate pour la Primaire.org lors des élections présidentielles, Charlotte Marchandise (compte sur Politizr) lors d’un festival de journalisme prenant place à Couthures-Sur-Garonne. Nous avons profité de la présence d’une association -Studio Mobile- qui offrait la possibilité de réaliser des enregistrements audios avec la personne de son choix. C’est dans ce cadre que nous avons réalisé un entretien avec Charlotte Marchandise autour de son expérience de la politique. Voilà la retranscription de cette discussion d’une vingtaine de minutes.

Charlotte Marchandise, vainqueure de la primaire citoyenne en 2017

Dorian [Politizr] : Bonjour, d’abord merci pour ces quelques minutes d’interview.

Charlotte Marchandise : Merci à vous…

D : C’est un plaisir de vous rencontrer après tant d’apparitions médiatiques… D’ailleurs, je pense qu’il y a une forme de célébrité ou une forme de notoriété publique, en tout cas, qui s’est dessinée… Et je vais commencer par-là : quel effet cela fait sur quelqu’un ?

CM : Je pense déjà que ça dépend de la personne, de son parcours et de là où elle en est. De son âge aussi : cette notoriété, je ne l’aurais pas vécue de la même façon à trente ans qu’à quarante ans. Honnêtement, je n’y suis pas allée pour ça et je me suis rendue compte que ce n’était pas mon moteur. Je me suis posée la question évidemment : qu’est-ce que ça va me faire ? Quand vous faites une séance de photo pour le magazine Elle, par exemple, c’est particulier !
Tout au long de la campagne, j’ai vraiment voulu marquer une vraie différence entre ce que je représente – la posture, l’image publique – et qui je suis. Je pense que la maturité et l’expérience font que cela remet les choses à leur place. Avec aussi les proches qui étaient prêts à me recadrer si je chopais le melon !
Cela a permis de passer de bons et moins bons moments. Ceci dit, clairement, me faire prendre en photo, ce n’est pas ce que j’ai préféré…

D : Cette expérience vous a fait “grandir”…

CM : Oui c’est sûr : mon image de moi, qui n’était en plus pas forcément excellente… Sur le rapport aux journalistes aussi. Plusieurs d’entre eux m’ont remercié pendant des interviews ou des reportages TV en me disant : c’est agréable, vous jouez bien le jeu… Quand on se fait remercier d’être polie, on se demande ce que doit être le quotidien des journalistes…

D : Qui sont face à des professionnels de la politique qui peut-être manient plus la langue de bois…

CM : Ou qui ne se donne même pas la peine de cacher le mépris qu’ils peuvent avoir pour les journalistes au sens large… Beaucoup de journalistes témoignent des attaques qu’ils reçoivent… Notamment ceux de M6, ceux de BFM. Et c’est important de se rendre compte du quotidien de ces professionnels. Je me suis aussi rendu compte aussi qu’à chaque fois qu’on a fait une grande radio, il y a un journaliste qui s’est battu pour vendre son sujet… Ce n’est pas Yves Calvi ou Thomas Sotto qui a demandé à ce que je sois là, c’est quelqu’un de son équipe qui lui a dit : tiens ça serait bien que Charlotte Marchandise soit dans la matinale…
C’était une vraie découverte de l’intérieur du métier de journaliste.

D : Vous avez découvert l’envers du décor de la télévision, … Qu’est-ce que vous en avez pensé de tous ces jeux médiatiques ?

CM : Pour commencer, si nous avions eu un peu plus de couverture médiatique grand public, on aurait eu les signatures, je n’en doute pas… Quand je suis passée dans la matinale de Calvi sur RTL, deux jours avant la fin des parrainages, dans l’heure qui a suivie nous avons reçus 18 parrainages spontanés de maires que nous n’avions pas démarchés. Avec un passage sur un vingt heures, on aurait pu les avoir… Il y a une vraie responsabilité des journalistes, et on l’a vu avec toute la couverture de presse qu’a eue Emmanuel Macron. Même s’il n’y a pas que ça, les choix éditoriaux ont des effets indéniables. Certains grands médias nous ont dit qu’ils parleraient de nous quand nous aurions les 500 signatures : c’est le serpent qui se mord la queue ! Pourtant nous avons eu 30 000 votants sur LaPrimaire.org, ce qui fait quasiment le double de ce que la primaire des écolos a rassemblé, ce n’était pas anodin dans le paysage. Il y a les faiseurs de rois, ceux qui décident depuis Paris, et puis tous les journalistes qui bossent, et je pense qu’il est important de ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Il y a des journalistes qui se sont battus pour parler de notre initiative.

Elargir la primaire à l’ensemble de la population : le pari de laprimaire.org

Une des questions que nous traitons ici à Couthures, c’est la façon dont on pense le futur du journalisme. Ce que disait très justement Samuel Laurent, des décodeurs du Monde, c’est qu’il y a une revendication d’une presse gratuite, libre et indépendante. Dans ce cas, qui paye ? Et au fond, c’est quoi le statut du journaliste ?

D : Oui, c’est une question centrale, d’autant qu’on assiste à une précarisation du métier, qui renforce la dépendance du journaliste à sa rédaction, à sa place,… C’est une question que j’étudie beaucoup et un organisme comme l’AFP, qui incarne l’excellence de la profession, a des moyens toujours réduits… Et au niveau de la politique, qu’est-ce qui vous y attire tant ?

CM : Alors je dirais pas que je suis attirée par la politique, je suis arrivée un peu parce qu’on m’a proposé de venir ! En 2014, on m’a proposé d’être sur une liste municipale en tant que société civile, et à ce moment là je savais même pas que c’était possible. Plusieurs listes m’ont proposé de les rejoindre parce que j’étais active dans un mouvement associatif, et aussi parce qu’il faut des femmes qui s’engagent et il y en a moins que d’hommes !

D : Un mouvement associatif avec une dimension politique donc…

CM : Il y a toujours une dimension politique dans l’associatif. En l’occurrence, j’étais présidente d’un collège alternatif. Mais j’avais assez peu de contact avec la politique et comme tout le monde, je restais en dehors et je critiquais : c’est plus confortable. Jusqu’au jour où on m’a dit : lance-toi. Je me suis dit : c’est intéressant. J’ai rejoins une liste avec 30 % d’EELV, 30% de front de gauche et 30% de citoyen.ne.s. Il y a eu un accord entre les deux tours et je me suis retrouvée adjointe parce que j’étais la plus compétente sur les questions de santé.
A ce moment là, je me suis dit : c’est quoi une adjointe ? Qu’est-ce qu’on attend de moi ? On préside plein de groupes, il y a des groupes de travail, des comités de pilotage, des réunions partenariales… Cela m’a amené à réfléchir sur le statut d’élu : à quoi ça sert ? Quelle est ma place ? Mon rôle ? Mon lien avec les services de la ville ?
J’essaye de travailler en même temps, mais c’est compliqué. Clairement, en tant qu’élue, je peux bosser 70 heures par semaine, ce qui a été le cas la première année – et ce qui est encore parfois le cas, pour tout comprendre, mettre en place des projets et organiser des comités consultatifs parce que la démocratie locale, c’est notre entrée, notre fil rouge.
Là aussi, j’ai été bouleversée dans mes certitudes. J’ai découvert que je ne pouvais pas demander toutes les semaines aux habitant.e.s de venir décider avec nous. Alors comment prendre une décision, à quel titre, sur quels critères ? Comment les définir collectivement ?
Les citoyen.ne.s ne viennent pas forcément à nous, il faut aller voir les habitants dans les quartiers, le mobiliser là où ils vivent. Et tout cela, c’est un temps fou, avec des indemnités relativement basses (1200€ net environ après reversement). Nous avons revendiqué (en tant que groupe écologiste et citoyen) dès le début de mandat une sobriété des indemnités. C’était avant de vraiment comprendre ce qu’est le questionnement sur le statut de l’élu.e. : combien de temps il doit passer sur sa délégation ? Comment travailler en même temps ? Et si l’on n’est pas fonctionnaire, qui donc va embaucher un.e élu.e ? Et si nous n’avons pas un travail à côté, quelle dépendance avons-nous vis à vis de la majorité ? Sachant que les élu.e .s ne touchent pas de chômage, comment partir si nous ne nous sentons plus en accord si nous n’avons pas de sécurité financière ? J’ai mieux compris que des élu.e.s cumulent des mandats, même si j’y reste complètement opposée. Ce n’est pas un problème individuel de ces élu.e.s, c’est un problème systémique de l’organisation politique de notre pays.

Mon mandat m’a aussi donné une vision beaucoup plus positive des élu.e .s. Au niveau local et national aussi, puisque j’ai été élue à la présidence d’un réseau de 90 villes santé de l’OMS au titre de la ville de Rennes.  Je travaillais avec des élus locaux, de droite comme de gauche qui s’attachent à faire des villes favorables à la santé. Ce sont des gens remarquables, sur le terrain, des personnes qui ne sont pas dogmatiques et qui sont là pour améliorer la vie des gens. J’y ai travaillé avec des élu.e.s locaux de droite comme de gauche. Et je me suis dit : ces gens-là on ne les voit jamais. Au fond, sur la santé il n’y pas trop de divergence de gauche comme droite. Quand on s’appuie sur les valeurs de la santé publique, il n’y a pas de dogmatisme.
C’est aussi pour cela que des élus de gauche comme de droite m’ont parrainée, parce qu’ils connaissaient mon travail et mon engagement. Pour beaucoup nous voyons plus des clivages entre le local et le national.

D : Oui, et même le mondial…

CM : Oui, absolument. Je travaille avec l’OMS et les Nations unies parce que tout cela est intrinsèquement lié.

D : L’idée c’est cela aussi : le fait d’être entrée en politique vous a ouvert les yeux sur ce qu’est la politique. Est-ce qu’en contre coup cela vous a aussi stimulé ?

CM : J’ai apprécié oui, et il y a une question du pouvoir d’agir. En trois ans en tant qu’élue de l’exécutif, il y a des choses que je n’aurais jamais pu faire changer en vingt ans en tant que citoyenne du monde associatif.

D : Ah bah, qu’est-ce que ça fait le pouvoir ? Grande question…

CM : C’est le pouvoir de faire, ce n’est pas un pouvoir « sur » les gens. C’est réellement prendre le pouvoir pour le partager.
C’est donc avoir les moyens de construire et d’inventer des mesures basculantes avec les citoyen.ne.s, qui vont changer leur vie à court et long terme
. Nous avons mis en place un budget participatif à la ville de Rennes : faire en sorte que 5% du budget de la ville de Rennes soit dédié à des projets portés par les habitants et votés par eux, il y a qu’en position d’exécutif qu’on peut mettre ça en place. Il faut aussi être très attentif à la façon dont nous communiquons sur nos actions. Est-ce que c’est une simple concertation pour un projet déjà écrit, ou laissons-nous la page entièrement blanche aux habitants…

D : Vous voyez ça comme un défi d’inviter le citoyen à faire de la politique ?

CM : Non, les citoyen.ne.s font déjà de la politique, au sens premier du terme ! Il s’agit de redéfinir ce qu’est la politique.
C’est ce qui m’a intéressé à la Primaire.org : et pourquoi pas ? Pourquoi nous laisserions cela à des professionnels alors que nous revendiquons le fait que la politique ne soit pas une carrière, pas un métier ?
Ce qui m’intéresse maintenant, c’est de passer le flambeau. On ne sait pas ce qui va se passer dans les années à venir, mais je pense que le système vertical porté par un homme providentiel est fini. Il faut reconstruire les débats politiques avec des facilitateurs, des facilitatrices répartissent la parole auprès de tous, de façon horizontale, en mode éducation populaire.
La vraie question à se poser ensemble aujourd’hui c’est peut-être : c’est quoi le politique ?
C’est qui me stimule : faire un pas de côté et inventer une forme de politique dans laquelle on se reconnaisse. 99 % jeunes en France considèrent que les politiques sont corrompus (sondage Science-Po CNRS). D’abord évidemment ce n’est pas vrai, mais c’est grave ! Tout le monde devrait s’arrêter de faire de la politique le temps de réaliser ce qui se passe. Nous devrions tous prendre acte et nous sentir responsables.
Nous sentir responsables aussi de la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, responsable des 60% d’abstention aux législatives. Ces élections ont agacé les gens et nous avons une responsabilité collective à écouter ce qu’ils disent. Ce que je reproche aux partis, même s’ils sont nécessaires sur certains points, c’est que nous sommes en pleine crise démocratique, dans une urgence à laquelle il va falloir qu’on s’attelle tous ensemble : ce qui se passe est grave et personne ne prend la responsabilité de cela.

D : C’est vrai que c’est une vraie problématique : on voit les affaires continuer malgré un changement gouvernemental, qui insistait quand même sur ce côté novateur. Les Civic Tech se proposent comme des solutions, est-ce qu’il y a des limites à internet pour offrir des outils ?

CM : Comme il y a eu des limites à la télévision, à la radio… C’est un outil, ce n’est qu’un outil et il ne faut pas se tromper. Internet vient au service d’un usage. On est dans un pays où 85% des foyers sont connectés à Internet et 74% des Français accèdent à Internet tous les jours , Il faut évidemment aller vers ceux qui ne sont pas connectés, et les solutions existent. Pendant la primaire, j’ai proposé qu’on ouvre des bureaux de vote citoyens et essayer de proposer autre chose qu’être tout seul devant son écran, pour se rassembler et expliquer à ceux qui comprennent moins – avec évidemment un isoloir !
Le contact humain est important et internet n’est qu’un outil qu’il faut que l’on s’approprie pour l’utiliser d’une façon conviviale et collective. Et par rapport aux enjeux écologiques, les perspectives d’effondrement existent. Peut-être que demain, nous n’aurons plus chacun un ordinateur. J’aimerais que les Civic Tech, non seulement réinterrogent la relation du citoyen au politique, mais surtout comment on se projette dans le futur, vers un internet dématérialisé qui n’existe pas que par l’ordinateur, un internet du lien “physique”. Cette question me passionne aujourd’hui.

D : La question de passer outre l’ordinateur pour que les personnes se rencontrent. On peut s’interroger quand on regarde à ce festival la coupure entre les Couthurins et les Parisiens… Est-ce que ce clivage entre ruraux et citadins, voire entre provinciaux et parisiens, vous l’avez ressenti chez les journalistes, les élus et quand vous avez commencé à gagner en notoriété ?

CM : Alors moi je m’en fiche : on peut me snober, cela ne m’importe pas. Et j’ai la chance d’avoir grandi en partie en HLM, et en partie dans des milieux bourgeois, et d’avoir été proches de gens modestes et de gens aisés. C’est certainement une de mes forces, dans un cas comme dans l’autre, je ne me sens pas mal à l’aise. Cela m’est arrivé d’entendre des commentaires un peu snob du style : « Enfin Madame Marchandise « le français » n’est pas prêt à la transparence politique à la suédoise », dans une grande radio avec une grande journaliste.
Ce, à quoi j’ai répondu : » C’est vous qui ne l’êtes pas! »

Affiche du film « The Snob » en 1921

Et les solutions, je pense qu’elles sont assez radicales, du type mandat unique, la transparence complète. Je pense qu’il y a une radicalité à avoir pour retrouver la confiance.

D : Il faut arrêter avec ces pratiques d’un ancien temps, ces images très binaires de la société avec l’élite et le peuple.

CM : Et puis les connivences, l’entre-soi : on peut voir des politiques qui font la bise à des journalistes et on a l’impression que tout le monde a passé ses vacances ensemble… Ce n’est pas qu’il faut pas se mélanger, mais il faut poser des cadres clairs. De l’éthique en somme !

D : Oui le festival ici permet cela je crois : expliquer qu’être journaliste c’est aussi entretenir des relations, pour obtenir des informations ou pour mieux comprendre certains enjeux. Et avant d’entrer en politique, utilisiez-vous internet pour en faire ?

CM :J’ai été webmaster en 1999, puis développeuse, je suis une geek, militante des logiciels libres. Je défends les alternatives à l’internet des GAFA.
Du coup, j’ai évidemment beaucoup utilisé internet pour les différentes associations que j’ai co-présidées, notamment un collège associatif.

D : Et qu’est ce qu’était finalement le modèle de ce collège alternatif ?

CM : C’était un collège en pédagogie Montessori dans une yourte à Rennes. Le collège, c’est un âge assez critique, et il y a très peu de collèges alternatifs, public ou privé. On a commencé sur un projet de collège Freinet, dans un collège où il y a trois cents élèves pour 900 places et où un projet pédagogique nouveau pourrait revaloriser le lieu. Mais ça n’a pas marché, même si la démarche est toujours en cours. Et on a décidé de créer un collège alternatif, sous une yourte avec l’idée de pas en faire un collège élitiste, à 700 euros par mois, mais basé sur le quotient familial, serait ouvert à tous. Il y avait à la fois une dimension écologique et une dimension démocratique : il y avait une assemblée de classe, le règlement intérieur était co-construit. On souhaitait aussi préparer les enfants à la citoyenneté.


Après, nous avons a compté sur du mécénat et à cause notamment de mon engagement politique, du jour au lendemain, le mécène nous a planté. Nous avons donc du liquidé l’association après deux années scolaires complètes. Malgré tout, nous avons embauché du monde durant ces deux ans, créé des nouvelles façon de faire, explorer et il y a des enfants qui ont retrouvé goût à l’école, à l’apprentissage. Je suis convaincue que pour changer la société, il faut changer tous les champs de la société : la médecine, l’éducation, l’agriculture. Et tout cela doit se construire avec les jeunes.

D : Il y a une dynamique d’éducation populaire qui habite votre engagement politique…

CM : Oui j’ai toujours porté ma campagne sur une dynamique d’éducation populaire, c’est de là que je viens et c’est ce qu’on voudrait mettre en place : une université populaire de la citoyenneté…

D : Amener les citoyens à participer plus concrètement au sein des circuits institutionnels, parce que l’enjeu, il est là aussi.

CM : Et de transmettre. Dire : vous êtes capables. Ça été frappant pendant la campagne présidentielle. Quand on a fait des réunions dans les milieux ruraux, les personnes disaient qu’elles n’avaient rien à dire, elles étaient impressionnées. Au contraire, il faut les associer, il y avait tellement de choses à apprendre à leur contact ! Il faut dire et redire ce qu’est la politique, ce que peut faire un élu, ce qu’est un ministre…
Cette éducation populaire n’est pas liée à des valeurs propres à un cadre idéologique, elle appartient à tout le monde et a cette dimension d’empowerment, d’émancipation. L’idée c’est de dire : vous êtes capables et ce que vous dites est important, et vous avez du pouvoir. Et c’est ce partage du pouvoir qui est intéressant.

D : C’est ce qu’on essaye de faire aussi : on rencontre bien entendu cette problématique-là avec des habitants qui ne s’estiment pas légitimes…

CM : Le problème existe aussi avec les élus locaux, qui n’osent pas se prononcer de peur de se faire retirer les subventions. Des personnes m’ont dit qu’ils ne parrainaient pas pour éviter les problèmes. Certaines personnes qui m’ont parrainé ont été menacées ou ont été recalées sur des projets. C’est scandaleux que des élus de la République ait peur d’autres élus de la République. Il y a un vrai problème : ça m’a sidéré. On parle des baronnies et je ne m’attendais pas que ce soit aussi répandu. Peut-être aussi parce que je viens d’une région en Bretagne où clairement, même si on a des accords sur nos désaccords, il y a un respect républicain très prononcé. Et c’est aussi pour ça que j’ai eu beaucoup de parrainages en Ille-et-Vilaine, pas seulement parce que j’y suis, mais aussi car les élus qui m’ont parrainée ne se sont pas posées la question des mesures de rétorsion. ça n’est pas le cas partout. Pourquoi les élus n’osent pas parler ouvertement ? Parce qu’il y a des postes derrière. Alors que si on est en mandat unique, on n’a rien à perdre. Je fais un mandat et je m’en vais : je peux dire ce que j’ai à dire.

D : Cette indépendance est une chance, c’est sûr. Après ça peut être compliqué de mettre un système imperméable à toute corruption…

CM : Les pays scandinaves l’ont fait de façon remarquable !

D : Je ne connais pas certes… Mais c’est vrai que les Conseils Citoyens mis en place depuis 2011-2012 viennent d’une idée du Nord, reprise ensuite par l’Europe. Merci pour cet entretien enrichissant : j’ai appris beaucoup de choses, vous avez clairement une expérience originale et une façon d’aborder la politique singulière.

CM : Et il y en a plein. C’est un message que je veux porter aussi. On a pu entendre des journalistes ou des intervenants dire que les politiques, c’était tous des courts termistes. Et bien non, rentrons un peu plus dans la complexité. Il y a des gens formidables et comment faire pour que ces gens prennent le pouvoir au sein du champ politique. Comment élaborer un système qui permet de faire remonter les gens compétents ?

D : Et bien, c’est parfait pour clore l’entretien. Je vais vous dire à bientôt sur Politizr et bonne chance pour vos prochaines épreuves !

DM

Le site internet durant les élections de 2017 : https://charlotte-marchandise.fr
Le profil Politizr : https://www.politizr.com/@charlotte-marchandise



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