Interview d'élus

Interview d’un élu de l’opposition : Michael Lopez

Michael Lopez, élu à Lagny-Sur-Marne

Nous vous proposons ici un entretien avec Michael Lopez, membre de l’opposition à Lagny-Sur-Marne. Mr. Lopez nous explique ainsi son quotidien à l’opposition et la place du numérique dans sa vie politique.

Politizr : Bonjour Mr. Lopez. Je vous remercie de m’accorder du temps pour discuter de votre expérience d’élu local et même de l’opposition. Vous êtes extrêmement actif sur le web, c’est le moins qu’on puisse dire, et vous avez récemment publié un article sur vos réseaux signifiant pour vous l’opportunité que représente pour vous le net. Pouvez-vous m’en dire davantage sur ce qu’est le web pour vous ?

Michael Lopez : J’ai expérimenté plusieurs outils des civictech… Politizr notamment, mais aussi Democras. On fait ce que l’on peut quand on est élu d’opposition et le web devient naturellement un outil de travail peu cher, accessible. Je l’ai utilisé assez rapidement et j’essaye de le développer petit à petit.

Politizr : Avec le blog notamment ?

ML : Le blog c’est pour moi l’outil essentiel, que j’ai développé et qui me permet de faire pas mal de choses et également de consulter la population. J’avais notamment fait ça pour les commerces en mai dernier et j’avais réuni un peu moins de 1000 réponses. Cela permet aussi de diffuser pas mal de fichiers comme des fichiers sons par exemple avec notamment les enregistrements audio des conseils municipaux. Et puis cela me permet d’exprimer des points de vue personnels, sans m’exprimer forcément pour un groupe particulier, sur des sujets nationaux à plus grande échelle.

Le blog de Michael Lopez, son outil phare

Politizr : Et du coup comment êtes-vous arrivé à une telle implication politique ?

ML : En fait c’était en 2013, je devenais de plus en plus réfractaire à toute forme de politique… Une espèce de rejet qui amène soit à abandonner complètement, soit à essayer de faire quelque chose. Et puis il y a eu une espèce d’électrochoc, je me suis dit que c’était trop simple de critiquer, d’observer et dire que les politiques étaient tous les mêmes. Il y a eu quelque part cette prise de conscience que tout venait d’en bas et qu’on ne pouvait rien avoir sans s’impliquer soi-même. On peut chacun essayer de faire quelque chose à son niveau et donc, en 2013, j’ai décidé de faire quelque chose en prenant position plutôt que d’abandonner passivement. Je n’ai jamais eu de prise de position pro-partis, je voulais uniquement essayer de faire pour la commune. Naturellement le plus efficace pour moi, c’était la politique locale.
Après un échange avec plusieurs partis, je me suis lancé dans le groupe sans-étiquette qui me convenait parfaitement et qui s’appelle Objectif Lagny. La règle d’or était de déchirer sa carte d’appartenance à un parti, ce qui ne me posait évidemment aucun problème. Je suis arrivé en cours de campagne municipale et nous avons perdu les élections. Pour la première fois le parti se retrouvait dans l’opposition et l’exercice allait se révéler d’autant plus complexe et intéressant.

La page internet d’Objectif Lagny

Politizr : Vous pensez que vous utilisez internet surtout du fait que vous êtes dans l’opposition ou parce que ça va changer des choses ?

ML : Ça accélère clairement mon utilisation, mais quoi qu’il fut arrivé je me serais orienté vers ce mode de communication. Être dans l’opposition limite clairement les moyens de communication, cela a donc accéléré l’appropriation de ces outils. Mais je pense que c’est aussi l’avenir de la politique. Les échanges avec la population se font facilement, sans gros moyens financiers. On peut aisément fournir des informations et avoir des retours : c’est donc pour moi le futur de la politique.
Après, on observe parfois des cas de fausses démocraties dans les communes, comme l’idée d’une consultation anecdotique qui relève davantage de la communication politique. Les conseils de quartiers, par exemple, c’est souvent beaucoup de consultation sur des problèmes assez basiques. Alors c’est bien qu’on concerne des citoyens et que ceux-ci s’impliquent ensuite, mais les sujets fondamentaux viennent des élus majoritaires et orientent les conseils de quartiers. Dans mon idée, il faut développer l’implication des habitants en prenant partie et en étant force de proposition. J’ai cependant quelques exemples qui montrent que ça évolue avec Jo Spiegel notamment (maire de Kingersheim en Alsace). Il me semble qu’on limite beaucoup trop l’implication de la population sur des problèmes trop simples et qu’on ne l’implique pas suffisamment sur des projets structurants de la commune.
Pour moi, on doit aborder les conseils de quartiers en demandant aux habitants ce qu’ils pensent de la ville, et partir de leurs idées et de leurs projets pour penser l’action publique. Le but étant de développer davantage l’envie des citoyens de faire des choses dans leur ville. Aujourd’hui, ça ressemble davantage à une consultation à posteriori, or il ne faut pas que cela ne soit qu’une validation et une légitimation de l’action d’une majorité.

Politizr : Est-ce que par contre à l’opposé vous voyez des limites à l’utilisation des civictech ? Est-ce la solution miracle ?

ML : Ce n’est pas forcément la solution miracle, mais je pense que c’est le moyen le plus puissant pour une prise de conscience de la population de plus en plus large. Ici à Lagny, la majorité de la population n’est pas connectée. L’essentiel, soit s’en fiche, soit ne suit pas ce qui se passe sur le web. Mais ça évolue, progresse, et dans tous les échanges c’est vraiment l’outil en devenir. Par exemple, je viens de  lancer un groupe pour les commerces locaux sur facebook, c’est très simple à mettre en place et aujourd’hui on est plus de 600 abonnés. Ça aide un peu à limiter la casse au niveau des commerces de proximité par exemple, et ça c’est uniquement le web qui permet de le faire.
Alors j’ai bien vu que ce que je fais n’est qu’une petite partie de ce qu’est la Civic-tech, mais on a tous beaucoup à y gagner. Un peu aujourd’hui et beaucoup demain, à base d’échanges constructifs, et pas seulement à base de critiques basiques. Et puis les citoyens sont autant capables de proposer des idées que n’importe quels élus, même si la décision reviendra toujours aux élus. En même temps, ce que j’ai fait de plus important politiquement, j’aurais aussi pu le faire sans être élu. J’aurais pu mener les mêmes projets. En tant que simple citoyen, je pouvais développer les mêmes choses et d’ailleurs si je n’avais pas été élu d’opposition certains projets auraient je crois portés davantage. Le web permet donc de faire beaucoup de choses pour sa commune en dehors de toute politique statutaire et je souhaite démontrer aux gens de la commune, qu’eux aussi, peuvent agir pour leur ville.

Politizr : Après, tout le monde n’est peut-être pas prêt à sacrifier autant de son temps, ce que je comprends sans problème …

ML : Ma profession me permet de m’impliquer autrement et tout ceci fonctionne avec beaucoup de convictions, et le plus efficace à l’heure actuelle c’est sur le web. S’inspirer de telles ou telles personnes qui ont beaucoup réfléchi à la question de la civictech, ça galvanise.

Politizr : Et votre quotidien d’élu d’opposition est assez agité ?

ML : Oui, on peut dire ça. Je suis… Je savais que je serais un petit peu l’agitateur… L’une de mes motivations principales c’était de changer un peu les pratiques … J’avais assisté à des conseils municipaux avant de me lancer et ma motivation, c’était de changer beaucoup de choses dans l’approche de la politique locale. Je savais que ça ne plairait pas au groupe d’en face, mais ça a aussi choqué en interne. Alors, si un mouvement général se crée tant mieux, mais mon objectif, c’est davantage de changer les mentalités, de faire avancer, de modifier les lignes et l’inclusion citoyenne. Par exemple, je trouve aberrant que les avis contraires soient exclus de nombreux projets… Ils sont essentiels dans le débat…

Un quotidien politique mouvementé

Politizr : Et à Lagny, ce n’est pas le cas ?

ML : D’une manière générale, on va insidieusement faire en sorte de ne pas inclure les personnes qui ont des avis contraires à tels ou tels groupes de réflexion.

Politizr : Et donc dans cette disposition, être force de proposition, ça devient compliqué ?

ML : Exactement… D’où internet bien sûr, c’est devenu une évidence. Très souvent les seules actions que je peux proposer librement ne peuvent se faire que par le web; Les actions concrètes en réunion sont très limitées. Une majorité municipale stoppe un projet, puis le relance en modifiant deux ou trois choses et s’attribue les lauriers du projet. Du coup je préfère faire les choses de manière indépendante.
J’ai donc le blog, twitter, facebook… Politizr me permet de développer un peu plus, mais je trouve que c’est encore limité, on ne peut pas mettre ce qu’on veut sur Politizr… Il faut donner du concret avec des vidéos, des sons, et Politizr ne permet pas encore trop ça …

Politizr : Effectivement… On compte le développer au plus vite ! Et vous travaillez seul ou avec d’autres élus sur votre blog ?

ML : Pour l’instant je demande conseil avant de publier certains articles, ceux où je pense que les sujets sont plus « tendus ». Mon but n’est pas de mettre en difficulté qui que ce soit de l’opposition. Avant chaque publication, j’y réfléchis à deux fois, je sollicite s’il le faut et je modifie en conséquence.

Politizr : Et vous avez un retour positif ?

ML : Ah oui, que du positif. Le nombre d’abonnés à la newsletter augmente, j’ai énormément de retours positifs et je sais que tous les abonnés sont des personnes impliquées. Là où je ne suis pas encore tout à fait satisfait, c’est sur le nombre de commentaires. Je trouve qu’il n’y a pas assez d’échanges, pas assez de retour. Je cherche à avoir de vraies conversations, de vrais échanges constructifs. Je vais d’ailleurs essayer de lancer une nouvelle méthode pour motiver les commentaires. Cela me semble important dans la démarche. Évidemment, à chaque fois que je publie, les commentaires positifs et encourageants me donnent envie de continuer.

Politizr : Sinon, on peut aussi parler d’une crise de la démocratie actuellement … Est-ce que vous pensez qu’on peut parler d’une même crise au niveau local ?

ML : Oui… Je le vois particulièrement sur les réseaux justement. Nous avons un grand groupe facebook qui s’appelle “Tu sais que tu viens de Lagny” qui a plus de 5000 membres, ce qui est gigantesque par rapport à Lagny. Et bien à chaque fois qu’on va évoquer un sujet politique, juste s’occuper de sa ville, juste sur des choses basiques, on va avoir des réactions très négatives qui disent “on s’en fiche”. L’idée de ne pas vouloir être impliqué dans les affaires publiques, c’est un rejet de l’habitant qui ne considère pas que la politique doit le concerner. La plupart des habitants veulent vivre leur vie sans être embêtés. Et dès lors, ça devient compliqué de développer quoique ce soit en démocratie participative. L’idée c’est donc de trouver les moyens de ré-impliquer le citoyen et c’est ce que j’essaye de faire par des initiatives proposant de gérer la vie de la cité. Le sondage que j’avais fait par exemple consistait à demander aux gens ce qu’ils aimeraient avoir comme commerce sur leur ville. C’est sûr que si on abandonne tous, on sera mené par les intérêts privés qui ne mettent pas forcément l’intérêt de la collectivité au cœur. Je vois quand même qu’il y a certaines idées qu’on peut développer pour une commune. Il suffit de donner envie de proposer des choses.

Un sondage précis pour savoir ce qu’attendent les habitants

Politizr : Et ça ce n’est pas toujours très simple ?

ML : Ce n’est pas avec un conseil de quartier tel qu’on le pratique en général aujourd’hui qu’on va motiver le citoyen, bien au contraire ; C’est un peu un leurre de ce côté-là.

Politizr : Votre expérience est vraiment intéressante sur le point de vue de la politique à l’échelle locale et sur l’implication citoyenne.

ML : Merci, j’essaye, même si je ne suis pas un professionnel de la politique… Ce n’est pas du tout mon métier ; Je suis contrôleur aérien à Roissy, donc je n’ai rien à voir avec la politique ni la communication en politique. J’ai essayé de passer du temps pour faire les choses au mieux, même si mes moyens restent très limités. En même temps, j’essaye de faire de la qualité. Pour l’instant, je ne parviens pas à développer plus largement, mais bon…

Politizr : Je trouve très honorable ce que vous faites en tout cas et le partage d’expérience est aussi une voie intéressante… Vous vous inscrivez dans la ligne de Mr. Spiegel, une politique avant-gardiste j’aurais envie de dire…

ML : Quand j’ai lu son livre « Et si on prenait enfin les électeurs au sérieux », j’ai eu l’impression de souvent m’y retrouver, c’est sûr. Je me suis d’ailleurs mis en contact avec lui, mais il est très occupé, ce que je comprends. Globalement, ma vision de ce que devrait être la politique locale et ses intérêts me fait souvent me sentir un peu comme le vilain petit canard…

Politizr : Oui c’est sûr que vous devez un peu bouleverser les habitudes politiques…

ML : Oui et parfois il y a des attitudes un peu violentes, avec des exemples de pression… Enfin, je ne vais pas vous refaire l’article du blog, mais voilà en ce moment je me retrouve au tribunal pour une affaire toute bête… Cette affaire est tellement révélatrice d’une pression politique, c’est le message d’hommes politiques qui me disent : “taisez-vous”. Alors j’ai pu faire une formation politique, ce qui me permet d’être davantage préparé pour anticiper leurs attaques …Tout ceci nous laisse imaginer les influences à plus haut niveau. C’est sûr que ça fait un peu peur aussi. Maintenant soit on se résigne, soit on essaye de changer la donne. Sinon on se laisse « emporté ».
Selon moi le problème vient aussi de la représentativité au Conseil Municipal. Là, ils ont 28 élus, nous on en a 7. Le système des élections municipales veut qu’il y ait une prime à la majorité, et sur la moitié restante, c’est le pourcentage qui joue. Alors moi je comprends qu’il faille une certaine stabilité pour que les mesures puissent avancer, mais un tel écart me semble inacceptable.

Politizr : C’est vrai qu’il y a parfois des logiques administratives qu’on peut interroger… En tout cas, je vous remercie pour le temps que vous nous avez consacré. Nous suivrons vos projets avec attention et n’hésitez pas à publier vos initiatives sur Politizr : elles peuvent intéresser au delà de Lagny-sur-Marne!

DM

NB : Le blog de Michael Lopez
Le Facebook des commerçants de Lagny


Politizr est une plate-forme indépendante et neutre de discussions entre les citoyens et leurs élus.

Venez lire, proposer et noter des débats sur tous les sujets et suivez l’actualité de vos élus en vous inscrivant sur politizr.com.

Politizr, changerez-vous d’opinion?

Partagez sur vos réseaux sociaux : Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedIn